La prostitution est morte, vive le travail du sexe! – Partie IV: Les habits neufs de l’empire prostitutionnel

Bougies, parapluies rouges et mantra… un rite en faveur de la prostitution à Rome le 1er mai 2015. (Source image)

Ce texte a été publié en version abrégée dans le Rapport Mondial de la Fondation Scelles. Conclu en octobre 2018, il n’a été que légèrement modifié avant la publication sur Borazan Sesli en quatre parties. Cette analyse de discours reprend le travail de Kajsa Ekis Ekman dans L’Etre et la Marchandise. J’explique comment la propagande en faveur de la prostitution reprend des éléments d’autres discours politiques dans le but de normaliser la prostitution et de faire adopter la dépénalisation totale du proxénétisme.


La composante populiste du discours promouvant la prostitution nous a appris que la prostitution est un travail. La composante libérale du discours promouvant la prostitution nous a appris que la prostitution est une forme de sexualité. Mélangez les deux et vous obtenez le « travail du sexe ». Emberlicotées comme nous sommes dans les mailles de ces doux mots prostitutionnels, la contradiction dans les termes ne nous est pas éclatante. Le sexe serait un travail ? « Dis, tu voudrais pas qu’on travaille un peu ? » Le travail serait du sexe ? « Tu me connais bien, je peux pas m’empêcher de travailler ! (rire gras) ».  Kajsa Ekis Ekman et Michela Marzano restent perplexes devant ces exclamations. La première écrit :

Lorsqu’on dit que la prostitution est un travail, on dit qu’elle doit être soumise aux lois et aux conditions du marché du travail. Lorsqu’on dit qu’elle relève de la sexualité, soudain, elle devient quelque chose qui ne concerne que la sphère privée, ce qui ne regarde pas la société. À ce moment-là, la prostitution n’est plus qu’une inclinaison sexuelle et dès lors, elle se situe à l’antipode d’un travail. »[1]

Autrement dit, soit la prostitution est un travail alors l’État est dans l’obligation d’intervenir car il doit réguler cette profession comme toute autre ; soit elle est du sexe et il n’y a pas d’argent impliqué. Or, l’aspect financier est le pivot de la prostitution. L’État se doit de surveiller les interactions monétaires. D’où par exemple la lutte contre le travail au noir : l’argument selon lequel l’agent de surface serait consentant et dûment payé pour faire le ménage ne passe tout simplement pas. Alors la prostitution, est-ce un travail ou du sexe ?

“Changeons de point de vue”: campagne du Lobby Européen des Femmes contre la prostitution.

I . Le travail 

Le travail c’est la santé,

Rien faire c’est la conserver !

Henri Salvador (/Boris Vian)

La voix « travail » sur le dictionnaire forme une longue colonne aux sens nuancés. Descendant de « trepalium », instrument de torture, certaines définitions caduques sont clairement péjoratives : « tourment », « fatigue, peine supportée », « peine que l’on se donne, efforts »[2]. Pris sous cet angle, la prostitution qui provoque des syndromes post-traumatiques comparables à des victimes de torture[3], peut être qualifiée de travail. Si on ajoute la connotation populaire de droite voire extrême droite du travail (« travail, famille patrie » ou « le travail [du sexe] rend [la femme] libre » comme le retouche Liliana Ricci)[4] l’angle du travail pour présenter la prostitution comme source d’émancipation apparaît aussi contradictoire que les slogans du passé. Mais souvenons-nous que l’idée du « travail du sexe » est à la base en langue anglaise : il convient par conséquent de se pencher aussi sur ses racines dans cette langue. L’étymologie du mot anglais « work » n’est pas si cruelle : elle correspond à « faire », « produire », « accomplir ». Et puis, peut-être que Priscilla Alexander avait en tête la définition du XIII siècle, « performer sexuellement », quand elle s’est auto-proclamée « travailleuse du sexe »[5]? Peu probable : le « du sexe » serait redondant et la « performance sexuelle » ne pourrait rendre compte de la composante financière de la prostitution. Retournons au XXI siècle et au discours prostitutionnel. L’abondance de termes professionnels comme « managers », « professionnelles du sexe », etc. nous indique que ce n’est pas juste la définition de travail comme une activité impliquant un effort[6] mais plutôt comme une « activité professionnelle régulière ou rémunérée »[7] : « une activité, comme un métier, où un effort physique ou mental est nécessaire pour l’exécuter, généralement pour de l’argent »[8].

Tout travail est de la prostitution

Maintenant que nous avons creusé dans la définition, évité les objections sémantiques, nous pouvons inventorier les propositions selon lesquelles la prostitution est un métier. Une première position stipule que toute forme de travail est de la prostitution, soit une exploitation. Étonnante manière que d’utiliser cet argument pour légitimer la prostitution : on devrait plutôt redoubler d’effort pour l’abolir si notre vision du travail est si « trepaliative ». Une deuxième voudrait que la prostitution soit un métier quelconque. Nous serions comme dit Juno Mac, tous et toutes obligés de gagner notre vie d’une manière ou d’une autre. Pourquoi pas en vendant du sexe ? (D’ailleurs on le travaille ou on le vend ce sexe ?)

Il faut écouter les silences, ils sont bavards. Dans l’affirmation tout travail est prostitution la réalité de l’activité prostitutionnelle nous est masquée[9]. Tous les métiers n’impliquent pas le pelotage de seins. Tous les métiers ne requièrent pas une pénétration vaginale quotidienne. Combien de fois par jour une architecte doit se plier à une fellation ? Dans le contrat de travail d’un infirmier, les relations anales ne sont pas requises. Est-il indispensable d’avoir une formation de « receveur d’urine » pour devenir pompière ? Et dans quel métier est-on fouetté ? Non, la prostitution n’est en rien similaire à un mauvais job d’été, un CDD, CDI, Intérim ou tout autre acronyme. Un boulot, même écœurant n’est pas comparable à une relation sexuelle écœurante : une violation de l’intime et une journée ennuyeuse ne sont pas pareilles[10]. C’est uniquement en faisant oublier ce qui se passe exactement dans la prostitution (et nous ne prenons en compte ici que le contexte le plus assaini comme décrit par les tenants de la prostitution : pas de drogues, pas de séquestrations, pas de proxénètes, pas de femmes enceintes) qu’il est possible de faire passer celle-ci pour un métier. Dès qu’on touche à la réalité des femmes prostituées, le spectacle est terminé, le rideau est tiré : ce qui se passe dans les coulisses reste privé.

Tout travail ne donne pas accès à la personne

De plus, le postulat du « travail du sexe » nie la différence entre vendre son travail et vendre l’accès à soi. Finn MacKay élucide cette proposition :

Un ouvrier du bâtiment ou un plombier travaille avec son corps, vend son travail qui est le produit de son corps, qui est un produit de son physique, ainsi que de son esprit. […] Mais ce n’est pas pareil que vendre l’accès à son corps. Les biens sont produits par les travailleurs à travers le travail de leur corps –le corps n’est pas le bien en soi[11].

Une des meilleures analyses sur la prostitution.

On pourrait être tentée de dire que les danseurs vendent leur corps, mais encore une fois ils produisent de la danse avec leurs corps et ne cautionne pas l’accès à leur corps[12]. Pensons à la tarification d’une heure de travail. Par exemple « je m’attends à ce que vous produisiez X petits pains en une heure et je vous payerai X euros ». Autre exemple, on paye des sommes parfois pharamineuses pour pouvoir accéder à un spectacle c’est-à-dire à une heure de vision de l’art de comédiens. Mais on ne paye pas nos petits boulangers pour les tripoter. On ne paye pas le billet pour monter sur scène et pénétrer les comédiens. Pensons maintenant à la tarification horaire dans un bordel comme la décrit Rachel Moran, écrivaine irlandaise survivante de la prostitution[13]. Payer pour une heure avec une femme dans un bordel équivaut à la durée d’accès à cette femme. Il n’y a pas d’actes fixes, de directives spécifiques, de résultats productifs escomptés. Selon Rachel Moran, les prosti-tueurs font alors tout pour en avoir pour leur argent. On nous dira que la femme prostituée produit un orgasme. Peut-on produire un orgasme ? « Ma main a produit un bon orgasme » : non, on a un orgasme. On prendra la relation de l’autre sens, celle de l’homme, et on nous répondra alors que l’on a une passe pour atteindre un orgasme. Les témoignages des hommes prosti-tueurs montrent que ce n’est pas toujours le cas[14]. En tout cas ce n’est pas ce qui est recherché : camaraderie, vulnérabilité et domination font partie des causes citées par les prosti-tueurs eux-mêmes, bien avant la recherche de plaisir sexuel[15]. Ce n’est pas l’orgasme qui coûte, c’est l’accès à une femme qui coûte. On considère à tort que le « service » sexuel (là encore : bien ou service le « sexe » ? Servitude au sexe masculin plutôt ?[16]) détermine le prix de vente : il y a des tarifs différenciés pour des fellations, des pénétrations vaginales, anales, etc. Avancer cela signifie rester cloîtré dans une logique professionnelle de la prostitution. L’activité sexuelle n’a pas de coût non plus. Comment peut-on obtenir une fellation sans accéder à la bouche de quelqu’un ? Qu’est-ce-que payer pour une pénétration anale si ce n’est obtenir le droit d’accès à l’anus d’autrui ? En vérité, la tarification d’une passe peut être découpée par partie du corps : « ton vagin a tel prix de marché déterminé par le jeu de l’offre et de la demande », comme si on calculait le loyer d’un F3. Substantiellement, la prostitution est la sanction de l’accès au corps d’autrui et non à la labeur de son corps. La prostitution est une boucherie humaine où les plus tendres parties de l’être sont dépecées dans une glaciale impassibilité.

Qu’est-ce-qui est échangé dans la prostitution ?

Quel est le bien ou service que l’on se procure dans la prostitution ? Le sexe, nous fanfaronnent les avocats de la prostitution, qui une fois n’est pas coutume, ne prennent même pas le temps de définir ce fameux sexe. « Sexe » désigne aussi bien l’aspect biologique[17], celui des organes génitaux spécifiquement, que relationnel[18]. Dans les deux cas, l’achat est impossible. Dans le premier cas, on ne peut pas acheter un orifice ni légalement ni techniquement : il est physiquement impossible de détacher des organes génitaux du corps comme on pourrait le faire avec un rein par exemple. Dans le second, la nature relationnelle donc concrètement insaisissable de l’acte contredit la matérialisation implicite dans le « travail du sexe ». Dans les deux, une aliénation corps-esprit est nécessaire.

Peut-on accéder au corps sans accéder à l’être ?

Encore une fois nous reprenons le fil de la réflexion de Kajsa Ekis Ekman qui dans son excellent livre L’Être et la Marchandise délivre une remarquable analyse de la prostitution. Elle écrit :

Parler de « vendre du sexe, cela nous conduit à penser que l’on peut réellement transporter, transmettre, ou, si d’aventure le destinataire n’est pas chez lui, abandonner sur le pas de la porte le « sexe ». « Tenez, cinq kilos de sexe ; voici la facture. » Lorsqu’on se réfère au sexe, on ne dit pas – bien que cela soit sous-entendu – que le sexe est effectivement connecté à un être humain.[19]

Elle poursuit :

Présupposer la possibilité de vendre son corps sans vendre son Moi, exige un dualisme de type cartésien. Dans une phrase comme « je choisis de vendre mon vagin », il y a deux niveaux : le Moi et le vagin. Le Moi est présenté comme un sujet actif qui a choisi de vendre quelque chose : c’est une entrepreneure dynamique, qui a trouvé un bon produit. De son côté, le vagin n’est apparemment pas une partie de ce Moi actif, ce n’est pas une entrepreneure, c’est la marchandise. […] On dit donc de la prostituée qu’elle est une personne qui se compose de deux parties : la partie qui est vendue (le corps) et celle qui vend (le Moi).[20]

Il est impossible de se procurer du sexe sans se procurer un corps humain. Ni la partie du corps ni la relation ne peut subsister en dehors de ce même corps, qui n’est autre que « le siège même de la personne »[21]. En affirmant le contraire, c’est-à-dire en soulignant que le corps et l’esprit ne feraient pas qu’un, on renforce un stéréotype qui voudrait qu’une femme soit corps et l’homme esprit. Les femmes prostituées pourraient donc voir leur corps exposé à autrui sans subir d’impact sur leur être.

On n’a pas son corps, on est son corps. « Mon corps est moi. » Non un objet, un instrument séparé de l’être, qu’on peut vendre louer, abandonner, ou garder pour soi, mais l’être même. On ne s’appartient pas, on est (Anne Mignard dans Ekman, 2010 : 126).

À la différence d’un métier, la prostitution entérine l’accès au corps. Le sexe, relationnel ou physique, est rattaché au corps et indivisible de celui-ci : on ne peut pas avoir de relation sexuelle hors de son corps ni son vagin hors de son corps. Or, le corps n’est pas une entité séparable de l’être, il n’a pas de vie propre. En accédant au sexe, on accède au corps et donc à la personne. Le noyau de l’échange prostitutionnel est l’être humaine : la femme prostituée elle-même devient marchandise. La marchandisation des corps implique inéluctablement la marchandisation de l’être. La prostitution n’est pas un travail, mais une activité où l’argent est utilisé par un homme comme moyen d’accès à une femme, dans la volonté de la posséder temporairement.

Continuons de changer de point de vue: Backdoor, court-métrage.

“La prostitution est un travail”

Comme nous l’avons dit « le travail du sexe est un travail » est un mantra : il a du succès car il suppose une croyance aveugle niant la pensée. Nous allons au lieu de cela le prendre comme une affirmation qui mérite d’être développée. La prostitution est maintenant un travail. Que se passe-t-il ?

Interdiction

Présenter la prostitution comme un travail nuit en premier aux défenseurs de la prostitution puisque si tel était le cas, il serait interdit aussi vite, remarque Joël Martine[22]. Un métier qui présente des risques incommensurables pour la vie des personnes qui y sont impliquées de plus sans aucun bénéfice pour la société n’a pas lieu d’être : « Ce qui légitime une activité, même pénible ou dangereuse, c’est qu’elle a une utilité supérieure à sa nocivité».[23] Avec une probabilité de mourir assassinée supérieure à quarante fois à celle d’une population non-prostituée au Canada, un pourcentage de 60% des femmes prostituées aux Pays-Bas ayant subi des agressions physiques, des douleurs physiques, mentales, des maladies virales à déplorer à travers le monde, un puits de pauvreté qui ne cesse de se creuser, la prostitution serait le métier le plus dangereux du monde[24].

Il n’est dangereux qu’à cause des lois en vigueur nous répétera-t-on. Comment expliquer la persistance de meurtres de femmes prostituées en Allemagne, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande où subsistent réglementation et décriminalisation ? Comment justifier que la violence masculine, cette figure sombre à la silhouette opprimante, est systématiquement reconnue, même si gardée implicite chez les avocats de la prostitution ? En gardant le feu des projecteurs sur les femmes prostituées souriantes on tente de garder cette ombre dissociée de ces dernières, mais elle transpire dans tous les conseils donnés par des groupes favorables à la prostitution : jeter une chaussure comme si de rien n’était sous le lit pour s’assurer qu’il n’y a pas d’arme ; inspecter les poils génitaux pour éviter des maladies ; techniques pour calmer les prostitueurs violents ; une alarme comme équipement indispensable dans sa « trousse de travail »[25]Indépendamment des lois, indépendamment de la position qu’on adopte, tout le monde reconnaît que la violence masculine cohabite dangereusement avec la prostitution.

On nous ajoutera alors que la prostitution a une utilité. L’argument selon lequel la prostitution réduirait les violences sexuelles est la petite robe noire de la garde-robe prostitutionnelle : essentiel et éternel. Réduction des violences sexuelles pour qui ? Pour les femmes non-prostituées ? On estime qu’au moins 84 000 femmes en France auraient subi des viols ou des tentatives de viol au cours de leur vie[26]. Depuis le temps que la prostitution subsiste, on aurait remarqué si elle améliorait la sécurité pour les femmes. Et puis les violences sexuelles subies par les femmes prostituées ne seraient pas vraiment des violences ? Dans l’enquête menée sur neuf pays avec 854 personnes prostituées de la terrible Melissa Farley qui va pourtant au contact de la réalité, il en ressort que 62% des personnes interrogés déclarent avoir subi un viol[27]. Et ce en ne comptant pas explicitement la prostitution comme une violence sexuelle en soi ! Rappelez-vous de la vision déformée du viol. La théorie de la réduction des agressions voudrait que l’on désigne arbitrairement des femmes à sacrifier sur l’autel des violences masculines gravées dans le marbre.

La prostitution serait utile parce qu’elle procurerait du plaisir. Les hommes aimeraient cela et puis quelques femmes aussi[28]. Déjà, comment se fait-il que les femmes aiment ce qui plaît aux hommes ? Sont-elles vraiment satisfaites dans la prostitution ou est-ce plutôt une idée que les hommes se font par rapport à l’image de leur propre performance sexuelle[29] ? Et puis pourquoi les femmes préfèreraient être prostituées et les hommes les prostituer ? Et puis, et alors ? Certains prennent du plaisir à torturer. On légitime la torture ? Les désirs ne sont pas des droits. Pourquoi soudainement la volonté personnelle formerait la base du droit dans nos sociétés ? Voilà autant de questions auxquels la thèse du plaisir ne saurait répondre.

Autre argument encore : sans prostitution on enlèverait une option de « travail » aux femmes. Premier constat, il y aussi des hommes pauvres, sans qualifications, ils n’en finissent pas prostituées pour autant : ils trouvent d’autres moyens de se procurer un revenu. Pourquoi seules les femmes devraient être contraintes à cette activité ? On ne peut pas justifier la prostitution sans recourir à des arguments sexistes. Deuxièmement, exposer des femmes qui souffrent déjà de pauvreté à autant de violences sexuelles est une injure de plus à leur égard. Troisièmement, la prostitution ne permet pas de sortir de la pauvreté, bien au contraire[30].

La prostitution n’a absolument aucune utilité sociale, ni sexuelle, ni financière, ni collective, ni individuelle. L’activité est si dangereuse que si réellement elle était considérée comme un métier, elle serait bannie aussi vite.

Un enterrement de vie de garçon de touristes anglais à Prague. Bien évidemment, l’industrie du tourisme et de la prostitution y trouvent leur compte. Même la photographe, Amanda Rivkin note dans la légende de cette photo que ce genre d’événements est très mal reçu par les femmes du pays. Quand on défend la prostitution, il ne faut jamais oublier qu’on défend les hommes, pas les femmes.

Un métier contre les femmes

Poursuivons malgré tout le flot de la pensée du « travail du sexe ». Supposons que malgré l’inutilité et le danger de la prostitution, celle-ci devienne une profession à part entière. Nous avons rapidement mentionné les violences sexuelles. Reprenons-les de plus près.

Harcèlement sur le lieu de travail

« T’es bien gentille, après avoir terminé le rapport tu viendras passer sous la table, merci. »

Cette phrase – toute ressemblance avec des faits avérés est une pure coïncidence (ou peut-être pas) – relève aujourd’hui du harcèlement sexuel[31]. Ce sont des propos dégradants qui exercent une pression pour obtenir un acte sexuel. La nature déplacée sur le lieu de travail est claire. Mais si la prostitution est un travail, une demande pour une fellation devient tout simplement un ordre professionnel. Le « travail du sexe » transforme des actes sexuels en missions de travail et non plus en harcèlement. Dans le monde idéal du « travail du sexe », un contrat de travail contient le respect des pénétrations sexuelles exigées par le « client » roi. Dans le « travail du sexe » il est impossible d’appliquer les lois sur le harcèlement. Il y aurait de cette façon toute une catégorie de femmes privées de la protection de la loi : le « travail du sexe », en plus d’être le plus dangereux des métiers, serait aussi le plus discriminant. Et ce seulement si avec un malsain optimisme on prévoit que les modalités du « travail du sexe » ne déborderont pas sur l’ensemble du monde professionnel. En effet, si pour un métier les rapports sexuels constituent une compétence, comment empêcher que cela devienne le cas dans tous les autres ? Accepter la prostitution comme un travail rend les lois contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail caduques[32]. À moins bien évidemment, qu’on n’adopte la politique multiculturelle cité en deuxième partie et qu’on ne cristallise les femmes dans la prostitution comme une minorité démographique avec des droits différenciés (même si on devrait dire non-droits !).

« J’ai offert du travail en échange de sexe »

Prenons le cas du producteur hollywoodien Harvey Weinstein. Les accusations de viol portées par de nombreuses actrices contre lui ont été au cœur du mouvement #MeToo (ou #BalanceTonPorc en France) qui a dévoilé l’étendue de la violence masculine envers les femmes. Le producteur étatsunien a maladroitement tenté de se défendre en déclarant : « Oui, comme tout le monde, je leur ai offert du travail en échange de sexe »[33]. Monsieur Weinstein est redondant. Pour être correct et prouver sa magnanimité il aurait dû dire « j’ai fait une offre d’emploi à de nombreuses femmes ». Le lynchage à son égard est inacceptable : le sexe est un travail comme un autre. Ce n’est pas une situation de chantage ou d’abus de pouvoir.

Admettons que ces femmes aient accepté cette unique opportunité de travail mais qu’un pépin survienne. Par exemple, une des désormais nommées « travailleuses du sexe » dans un moment de panique (un burnout est vite arrivé, surtout quand les « clients » et « employeurs » se montrent violents) se jette par la fenêtre et se blesse gravement. Comment traiter ce cas ? Comme un cas d’exploitation et de violence envers autrui ou un accident de travail ? C’est la deuxième option qui prévaudra dorénavant. La situation décrite ici est inspirée d’un fait réel advenu à Hambourg. Une jeune étudiante immigre en Europe suite à une annonce pour du « travail du sexe » publiée depuis l’Allemagne où la prostitution est régulée. Son employeur lui impose des « heures supplémentaires », soit un « travail » de vingt-quatre heures par jour. Pour lui faciliter la tâche, il l’enferme dans un appartement et lui impose des « tâches » supplémentaires de « sexe » – les mauvaises langues parleront de viols répétés. Face à cette situation elle ne voit d’autres issues que de sauter du troisième étage et se blesse. Une décision judiciaire a demandé à l’ « employeur » de dédommager les dépenses de santé de l’ « employée »[34].

En somme, l’application du « travail du sexe » nous montre comment les lois les plus basiques de protection de l’intégrité physique et sexuelle – encore une fois on n’en est pas à barguigner sur les régimes des retraites – sont impraticables.

Le harcèlement est un ordre.

Le chantage est une offre d’emploi.

Un coup de poing est un accident.

C’est l’histoire de François Pinault en tête de cortège le 1er Mai…

Le STRASS, logé chez ActUp est une association de loi 1901 comme l’indique son statut.

Heureusement, que dans ce merveilleux monde du « travail du sexe » nous avons de syndicats puissants et fédérés aux côtes des travailleurs et travailleuses du monde entier-déshabillez-vous ! Syndicats si puissants que les associations prétendant parler au nom des femmes prostituées n’ont besoin que d’un nombre infime de membres par rapport à la population prostituée nationale. Et parmi ces membres, seule une minorité a connu la prostitution, si jamais il y en a. La International Union of Sex Workers (Union Internationale des Travailleuses du Sexe) britannique comptait 150 membres en 2010, 500 pour le Strass (Syndicat du travail sexuel) français. L’« organisation de défense des droits des travailleuses du sexe » espagnole Àmbit Dona ne comptabilisait aucune personne prostituée parmi ses membres la même année[35]. En plus ce sont les syndicats les plus progressistes et conciliants au monde puisque grands patrons et prolétaires se côtoient. Douglas Fox, membre du syndicat britannique tout juste cité est un proxénète notoire, propriétaire de l’« entreprise » Christony Companions, en plus d’être l’homme qui murmurait à l’oreille d’Amnesty International dans la directive sur la décriminalisation de la prostitution[36]. Alejandra Gil, « Madama de Sullivan », figure de proue des « syndicats » Global Network of Sex Work Projects (Réseau mondial de projets de travailleuses du sexe) et du Latin American-Caribbean Female Sex Workers Network (Réseau Latino-Américain et des Caraïbes des Travailleuses du Sexe) – affilié à l’UNAIDS, l’OMS et Amnesty International – a écopé de quinze ans de prison pour traite humaine dans la ville du Mexique[37]. Le proxénète brésilien Jose Barbosa et son épouse Ana Calder ont été condamnés pour traite humaine à des fins sexuelles en Angleterre[38]. Cela n’a pas empêché Ana Calder de se présenter comme une « travailleuse du sexe » persécutée sur le site de l’English Collective of Prostitutes. Les syndicats prétendant faire valoir les droits des femmes prostituées, sans jamais faire valoir leur droit à quitter la prostitution comme le souhaiteraient 89% d’entre elles[39] ne sont pas là pour défendre les femmes les plus vulnérables dans la prostitution. Ce sont des chevaux de Troie s’infiltrant dans l’opinion publique et les institutions internationales pour déréguler encore plus une activité violente envers ces mêmes femmes qu’ils prétendent représenter. Encore une fois, la prostitution devient un travail fortement discriminant puisque les « travailleurs » ne sont même pas en mesure de s’organiser séparément pour faire valoir leurs droits face aux « patrons ». À moins qu’un alignement vers le bas s’effectue, avec une fusion historique MEDEF-CGT par exemple, auquel cas on peut enterrer le concept de syndicat.

Les tenants de la prostitution réussissent à faire passer l’idée de la prostitution comme un travail car ils ne mènent jamais leur réflexion jusqu’au bout. En gardant, comme nous l’avons vu, la condition des femmes prostituées isolée du reste de la société, ils évitent notamment de montrer que la professionnalisation de la prostitution a un impact néfaste sur l’ensemble du monde du travail : une fausse barrière est érigée entre « travail du sexe » et tous les autres métiers. (D’ailleurs quel serait le minimum syndical du « travail du sexe » ? Trois fellations par jour pour assurer un service minimum vital ?)

La prostitution ne peut pas être un travail. La vente de l’accès à son corps et la vente de son travail sont deux choses différentes. Le sexe ne peut être séparé du corps qui ne peut être séparé de l’esprit. En donnant de l’argent à autrui dans le but d’accéder sexuellement à son corps, on objectifie cette même personne. La prostitution est une forme de violence masculine : physique, sexuelle, psychique, symbolique, pas un travail. Si on l’acceptait en tant que profession, elle ne subsisterait pas longtemps : extrêmement dangereux, le « travail du sexe » reconnu d’inutilité publique serait banni. S’il franchissait cette première étape, il atterrirait sur le podium du métier le plus discriminant au monde. Déjà en vue de sa population – féminine, cible de racisme, pauvre, abusée – qui serait ensuite privée de droits fondamentaux. Sans aucune manière de se protéger contre le harcèlement sexuel, sa voix serait ensuite dérobée par ses « patrons » qui se feignant ses porte-paroles la condamnerait au mutisme. Deux solutions : on reconnait les dangers de l’acceptation du mythe du « travail du sexe » et on lutte contre ; on accepte le « travail du sexe » alors la dilagation de telles pratiques dans l’ensemble du monde du travail n’est qu’une question de temps.

Les faits décrits dans le communiqué de presse de la ECP et ceux autour de l’affaire sur Ana Calder se recoupent parfaitement. (Article de gauche, communiqué de droite).

  1. Sexe consensuel entre adultes

Le « sexe » du « travail du sexe » correspondrait au « sexe consensuel entre adultes ». Avec cette privatisation d’une affaire publique on s’éloigne de plus belle du sens originel de prostitution – « hors de la sphère privée », « activité exposée au public »[40] – et donc de la prostitution elle-même. Ce « entre adultes » final a déjà quelque chose de louche. Comme si on se répétait en boucle quelque chose dont on n’est pas sûr pour se convaincre soi-même de la vérité de ce qu’on dit (un mantra ?). En effet le segment « entre adultes » est encore plus faux qu’une casquette Gucci souvenir de voyage en terres de Club Med. « Entre » sous-entend une relation d’échange entre parties égales. Or une personne abuse d’une autre dans la prostitution (mais ne soyons pas euphémistique un homme/une femme) : la prostitution est hiérarchique. Cette hiérarchie est exacerbée par l’écart d’âge : un homme adulte « accède » à une fille. L’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans. Presque la moitié des personnes prostituées ont débuté dans l’industrie avant l’âge de 18 ans[41]. Aujourd’hui plus de 3 millions d’enfants[42] (au moins !) sont abusés sexuellement dans le cadre de la prostitution à travers le monde[43]. On nous répondra qu’on vise à éradiquer ce genre de « débauches » dans la prostitution. En attendant, ce n’est pas le cas, alors alléguer que la prostitution est du « sexe entre adulte » c’est mentir. Concevoir la prostitution sans l’exploitation d’enfants c’est aussi faire preuve d’ignorance quant à la logique prostitutionnelle qui est celle de la recherche de vulnérabilité[44].

            Évaluons d’abord la pertinence du choix dans la prostitution pour évaluer à son tour la place du consentement. Le mot « choix » désigne l’action de choisir soit « adopter par préférence »[45] et « liberté, possibilité de pouvoir choisir quelqu’un ou quelque chose »[46]. La liberté impliquée dans le choix est révélatrice. D’ailleurs « choix », sans qualificatif, a plutôt une connotation positive : « de choix » signifie « de qualité »[47] et il peut parfois tout simplement signifier « discernement »[48]. La notion de choix est-elle alors applicable à la prostitution ?

Nous l’avons vu le libéralisme tend à décontextualiser les parcours de vie des individus. Là où on devrait avoir une vue d’ensemble d’une mosaïque, le libéralisme ne voit que des petites pierres, une à une, sans jamais se rendre compte qu’il y a un assemblage de couleurs, les rouges avec les rouges, les jaunes avec les jaunes. En visualisant les caractéristiques communes des individus dans une même situation, le mythe du choix commence à s’effriter. On supposera ici que les proxénètes auxquels jusqu’à 90% des femmes prostituées seraient assujetties sont absents[49]. La pauvreté est un motif déterminant dans l’entrée dans la prostitution. Le chômage, le manque de formation, l’absence d’un toit sont autant de facteurs avancés par les femmes bousculées dans la prostitution. La présence disproportionnée dans la prostitution continentale de femmes étrangères issues de pays pauvres témoigne de cette précarité. Bien évidemment, que la totalité à quelques pourcentages près des personnes prostituées soient des femmes, toujours plus exposées à la précarité que les hommes, entérine la réalité de la difficulté financière[50]. « Les personnes vendant du sexe n’ont souvent pas d’autres options pour tirer un revenu » reconnaît Juno Mac. Mais la pauvreté n’explique pas tout : pas toutes les personnes pauvres deviennent prostituées[51]. Les femmes en situation de prostitution ont de plus un lourd passé d’abus sexuels derrière elles : les nombreuses études se rejoignent pour délimiter une frange entre 60 et 90% d’abus sexuels dans l’enfance ou adolescence[52]. Pour céder à une activité qui requiert l’effondrement complet des barrières de protection intimes, il faut que celles-ci soient déjà anéanties[53]. Enfin, le facteur du choix ne peut à aucun moment rendre compte de la démographie féminine de la prostitution. Si vraiment la prostitution était une question de préférences libres et individuelles, on aurait autant d’homme italiens prostitués dans les rues de Benin City au Nigéria que de femmes nigérianes prostituées sur les trottoirs de Turin en Italie. La prostitution masquée en « travail du sexe » serait bien le seul métier où être femme noire pauvre et abusée multipliera vos chances d’être embauchée.

De part et d’autre du débat on sait que la prostitution est un choix d’Hobson. Thomas Hobson était un coursier de Cambridge du XV siècle qui n’autorisait le client qu’à prendre le cheval qu’il désignait ou rester les mains vides : « choix d’Hobson égale pas de choix »[54]. Soit l’un, soit rien. « Mettre quelqu’un dans la nécessité d’agir malgré soi »[55] : définition de « contrainte ». Comparez avec la définition de choix. Lequel est plus apte à qualifier la prostitution ?

            Quand bien même on voudrait nier qu’on est chaviré dans la prostitution, il faudrait développer la notion du choix. Comment fait-on à savoir qui a choisi de qui n’a pas choisi ? Et puis, l’individu rationnel est-il aussi nécessairement infaillible ? On peut se tromper sur un choix. On ne peut pas toujours savoir à l’avance le bénéfice d’un choix. Certains choix sont mauvais, pour soi, pour les autres ou les deux. Certains fument. Doit-on absolument protéger ce choix ? La nocivité ou non d’une pratique n’est pas déterminée par le choix de son sujet. Le tabac est mauvais pour nous, qu’on décide d’y être exposé ou non. Il en va de même pour la prostitution. Le prétendu choix individuel de la prostitution nuit à nous femmes dans notre globalité car elle nous prive d’une protection contre les violences masculines.

De plus le supposé choix d’une minorité lilliputienne met en danger une gargantuesque majorité. Faire du choix l’axe de la prostitution, en distinguant « travail du sexe » et traite à des fins sexuelles, efface les contraintes. Dire que la prostitution est un choix c’est dire à toutes les filles et femmes prostituées : « fallait pas le faire si vous en aviez pas envie ! ». Les filles et femmes en Thaïlande n’avait qu’à pas être là-dedans. Les femmes et filles des camps d’abattage albanais peuvent en sortir à tout moment. Parler de choix opprime les femmes prostituées en impliquant une responsabilité totale dans leur situation, comme s’il ne tenait qu’à elles d’en sortir ou d’y entrer[56].  

Enfin parler du choix des femmes d’être prostituée permet de distraire des véritables détenteurs de choix : les hommes prosti-tueurs. Payer ou ne pas payer une enfant ou une femme pour les contraindre à un rapport sexuel est un choix. Survivre ou mourir n’en est pas un. D’ailleurs, on ne peut pas « se prostituer ». La réflexivité implique une solitude contraire à la prostitution. Cette dernière ne saurait relever d’une initiative individuelle car elle est, nous l’avons vu, créée par une relation. Le « choix » d’être prostituée n’est réalisable que si un homme d’abord choisit de « prostituer » une femme. En scrutant la notion de consentement, la nature secondaire temporellement de la personne prostituée nous sera plus évidente.

La prostitution relève de la contrainte, pas du choix. Quand des biographies semblables se recoupent dans une frange de population donnée, la liberté individuelle est mise à mal. La théorie du choix ne fait pas avancer la cause prostitutionnelle. Le choix ne détermine pas le bien-fondé d’une pratique. L’insistance sur le choix abandonne les femmes prostituées et distance du véritable choix qui est aux mains des prosti-tueurs.

Il faut voir les scènes de violence contre Zarin dans le film de l’iranienne Shirin Neshat, Women Without Men (Femmes sans hommes) et le moment où le personnage se râpe la peau pour ressentir pleinement la réalité de la prostitution.

« Je consens, donc je suis »

Les conditions contraignantes de chavirement dans la prostitution devraient susciter notre méfiance quant à la validité du consentement dans le « sexe consensuel entre adultes ». Dès le début, la présence massive d’enfants dans la prostitution que l’on tente de nous faire oublier est un grand frein à la possibilité du consentement. Pour se focaliser sur les adultes, les circonstances accablantes sont suffisantes à rendre invalide un potentiel consentement. En premier lieu, Catharine MacKinnon[57] souligne que le Protocole de Palerme reconnaît l’invalidité du consentement dans des situations de « traite des personnes » définie comme :

Le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres forme de contraintes, par enlèvement, fraude, tromperie abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiement ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation (Article 3, alinéa a).

Il précise que « Le consentement d’une victime de la traite des personne (…) est indifférent lorsqu’un des quelconques moyens énoncés (ci-dessus) a été utilisée ». Le traité international sur la traite humaine reconnaît qu’il n’y a pas de place pour le consentement dans des situations de contrainte. Autre exemple, on reconnaît l’invalidité des aveux sous torture. On comprend bien que les personnes n’avaient pas la possibilité de défendre leur innocence. Pourquoi un « oui » devant le précipice de la pauvreté, poussé par une horde d’abus masculins serait valide ? Si on n’est pas en mesure de dire « non » sans subir de répercussions négatives, alors on ne peut pas prétendre que le « oui » soit consenti. L’établissement du consentement comme un critère d’autonomie présuppose l’ignorance de « l’influence des conditions matérielles et psychiques »[58].

« Je consens parce que je suis obligée » : les conditions d’émission du consentement sont suffisantes à l’annuler. Au risque de se répéter, la prostitution n’est pas de l’ordre du choix et du consentement mais de la contrainte.

Consentement en promo : le deuxième à -50%

L’autre question qu’on devrait se poser sur le consentement dans la prostitution est sur sa validité une fois qu’il est monnayé. Si à la fin d’une passe, un prosti-tueur ne paye pas une femme prostituée, est-ce un viol ou un vol[59] ? Si on opte pour vol, alors nous acceptons entièrement la logique prostitutionnelle qui voudrait que les êtres humains soient des marchandises à part entière. Alors quoi ? L’enlèvement c’est du vol, le viol c’est du cambriolage ? Parler de traite n’aurait plus de sens, on enlèverait des jeunes filles comme on volerait des bijoux dans un H&M, avec une totale tranquillité d’esprit, puisque, aussi bien en comptabilisant le nombre de femmes sur la planète que le chiffre d’affaire de l’entreprise suédoise : « c’est un grand groupe, c’est pas une perte pour eux ». L’intimité, pire l’humanité, n’est plus protégée. L’existence humaine est réduite à une affaire de propriété privée[60]. On est à des années lumières de l’anticapitalisme.

Si on opte par contre pour un viol, notre seule définition du viol devient l’absence de paiement[61]. Si le prosti-tueur avait payé la passe, il n’y aurait pas eu de viol. Les critères de contrainte, surprise ou menace qui caractérisent un viol dans la loi française[62] n’ont plus lieu d’être. Une fois qu’on accepte que dans un cas que le dédommagement est suffisant pour transformer un viol en une transaction professionnelle, on doit étendre cette logique à l’ensemble de la population. Prenons le cas du Sofitel de Dominique Strauss-Kahn. Après un long procès suite à l’accusation de Nafissatou Diallo de viol, l’affaire s’est conclue avec un « accord financier ». Donc, Dominique Strauss-Kahn n’a pas violé Nafissatou Diallo, il a tout simplement eu un retard de paiement pour un travail accompli dans le passé. Cette dernière affirmation n’est pas le fruit d’une mauvaise foi : nous avons juste déroulé jusqu’au bout le fil de la pensée du « travail du sexe consensuel ». Nous ne faisons qu’expliciter les implicites. Si on peut consentir à un acte sexuel en échange d’argent, ce même argent deviendra le couteau-pansement de toutes les plaies des violences sexuelles. « Ce n’est pas de l’inceste, je lui ai offert un doudou après ». « J’ai bien fait attention à payer son verre avant, elle ne peut pas parler de viol ! ». « Bien sûr que c’est consenti puisque je la paye ! ».

L’ARGENT C’EST LE CONSENTEMENT

Retournons un instant cette situation. S’il n’y avait pas d’argent, l’acte sexuel aurait-il lieu ?  

Sans argent, pas de rapport sexuel ; c’est donc bien qu’il n’est pas désiré en premier motif […] preuve que le besoin économique fait ici office de force, constituant une contrainte déterminante pour la personne prostituée. Cet argent incarne à la fois l’arme du crime de cette pénétration sexuelle imposée ainsi que la preuve matérielle de l’achat du consentement (Bouvet, Mellul, 2016).

Autre brillante analyse de Lise Bouvet et Yael Mellul.

Dans la prostitution l’argent est le facteur déterminant d’un acte sexuel, alors que dans une relation sexuelle c’est le désir. En prétendant l’interchangeabilité de sexe et prostitution, on tente de faire oublier la nature financière de la prostitution. On ne paierait pas le consentement s’il était présent. C’est parce qu’il n’y a pas de consentement dans la prostitution qu’il y a de l’argent. Retirez le paiement et le consentement se volatilise. Que vous reste-il ? Un viol[63].

La prostitution est – même dans l’hypothèse d’une rare démarche dite « volontaire » en dehors de la présence d’un proxénète – un acte sexuel imposé sous contrainte : celle de l’argent, ce qui fait d’elle une catégorie du viol comme pénétration sous contrainte économique, un viol tarifé, le consentement étant ici arraché par la force du besoin monétaire. Ce que le prostitueur achète, c’est la possibilité de se passer du consentement d’autrui pour le pénétrer sexuellement comme bon lui plaira dans une relation unilatérale et asymétrique où l’autre est à la merci de celui qui paye[64].

Joël Martine parle à juste titre de « viol-location » pour la prostitution[65] : un acte sexuel contraint, soit un viol, qui serait dédommagé par un paiement monétaire. Il précise : « un abus de pouvoir sur l’intimité d’autrui déguisé en une transaction marchande entre partenaires supposés égaux »[66]. Nous devons fondamentalement transformer notre vision collective actuelle erronée de la prostitution. Nous devons concevoir le viol-location comme une forme spécifique de viol avec modalités et dangers propres. La prostitution non plus comme du sexe tarifé mais du viol tarifé.

Il faut définir les risques de violence inhérents aux rapports sexuels, notamment la dégradation du vécu intime que produit la répétition de rapports sexuels non désirés et c’est pour cela qu’on a besoin de la notion de la vulnérabilité intime. Une fois qu’on a compris que ce risque psychique existe, on est fondé à interdire tout abus de pouvoir par lequel une personne amène un partenaire sexuel à accepter des rapports non désirés, que ce soit par la force, le harcèlement, le chantage, ou l’achat du consentement[67].

S’il n’y a pas de consentement dans la prostitution à cause de ses conditions d’émissions et de sa tarification, il ne peut pas y avoir de sexe. La prostitution n’est pas du « sexe consensuel entre adultes ». La prostitution est une forme de viol, tarifé, d’une fille ou d’une femme par un homme.

Un critère défectueux

Passivité

Pour Noël, pensez-y : envoyez un dictionnaire aux « syndicats des travailleuses du sexe ». À ce moment de notre réflexion il est d’une épuisante redondance de devoir donner à nouveau une définition. Consentir (du latin consentire, « être d’accord avec ») : « Vouloir bien, accepter, que quelque chose se fasse, ait lieu, existe »[68]. Tout comme l’argument du travail, celui du consentement joue en défaveur de la légitimation de la prostitution.  Le consentement est une acceptation : une notion intrinsèquement négative, pas dans le sens bon ou mauvais, mais dans le sens mathématique. Pour dire « je consens », il faut que quelqu’un ait déjà pris l’initiative de proposer quelque chose en aval : on dit « j’accepte » au lieu de « je propose ». L’usage dans le monde marin est révélateur : on dit qu’un mât consent pour dire qu’il cède. Le consentement est fondamentalement passif : il est donc étonnant de voir qu’on s’agrippe autant à une notion qui annule l’argument de l’agentivité. Même, le consentement reprend une idée sexiste de passivité des femmes : les hommes prennent l’initiative, nous ne pourrions que dire « oui » ou « non », il n’y a pas d’espace pour une définition fémine de la sexualité[69].

Hiérarchie

Une brillante explication du problème du consentement comme notion politique.

Si on est la partie qui consent, celle passive, on est la partie subalterne, celle qui vient après. Le consentement est hiérarchique. Dans son texte « Rape redefined » (Le viol redéfini), Catharine MacKinnon appelle à une reconsidération du viol en élaborant une réflexion fondamentale sur le consentement que nous reprenons ici[70]. Elle discerne l’origine de la notion dans les théories de légitimation de l’autorité de l’État. Dès le commencement, le consentement a lieu entre parties ouvertement inégales : les citoyens[71] face à l’État. C’est une notion qui tente la justification de la sujétion. Restons dans la politique ; le modèle bicamériste illustre la place subordonnée de celui ou celle qui consent : on parle de chambre haute ou de chambre basse justement. La chambre haute propose, la chambre basse accepte ou pas, parfois même son avis compte peu ou pas du tout, comme avec la House Of Lords britannique. On peut facilement se passer de consentement, perçu présent à priori à travers le silence, pour faire valoir sa volonté. Celui qui obtient le consentement est dans une position de pouvoir. Celle consentant non. La prostitution entérine ce rapport de pouvoir déséquilibré.

Je consens, et alors ?

Identifier la cause d’un acte dans le consentement à celui-ci revient à donner une « raison explicative » et non pas justificative, comme dit Michela Marzano[72]. Quand on dit : « je la ‘prostitue’ parce qu’elle y consent » on ne justifie pas son acte. On comprend encore une fois la critique de Catharine MacKinnon : de par la passivité du consentement, en l’appliquant à nos définitions du viol, on finit par faire un procès aux femmes et non aux hommes. On enquête sur la présence ou non de consentement au lieu d’enquêter sur l’acte de l’homme qui de fait n’est plus jugé, ni même répréhensible. Si elle ne dit pas « non », à priori gage de « oui », il n’y aurait plus de crime qui tienne[73]. Mais le consentement n’est pas un gage de légitimité. L’acceptation ne saurait fonder la base du droit, de ce qui est permis et ce qui ne l’est pas[74]. Cette supposée légitimité est d’autant plus mise à mal si elle est substantiellement basée sur un différentiel de pouvoir d’achat entre les hommes et les femmes permettant aux premiers de nous « acheter »[75]. Nous devons mettre fin à la sacralisation du consentement comme justification[76].

En mettant à nu les implications collectives du « travail du sexe » nous avons voulu ici faire exactement ce que les tenants de la prostitution refusent : réassocier la question de la prostitution au reste de la société. Ce n’est qu’avec l’imperceptible subterfuge de la cristallisation des femmes prostituées dans le rôle de « travailleuse du sexe », la dissociation sauvegardant l’empire, que le danger incommensurable d’une telle approche à la prostitution est indécelable. Mais les fondements même de l’empire de la prostitution sont faux. La base de la prostitution est la contrainte non le choix. En partant de celui du sexe féminin, qui de réalité biologique devient variable déterminante de la position dans la prostitution (prostituée ou prosti-tueur), et indicateur des risques d’exposition à la violence masculine et à la pauvreté. Dans une telle situation de contrainte, la notion de consentement est entièrement superflue, sans parler du sexe, impossible. La prostitution est une forme de viol.

La réalité de la prostitution.

LA PROSTITUTION C’EST DU TRAVAIL.

L’EXPLOITATION C’EST LE POUVOIR.

LE FÉMINISME C’EST LA PUTOPHOBIE.

LA TRAITE C’EST L’IMMIGRATION.

L’ABOLITIONNISME C’EST LE PROHIBITIONNISME.

LA CONTRAINTE C’EST LE CONSENTEMENT.

LE VIOL C’EST LE SEXE.

Protocole de Palerme oblige, nous l’avons vu, Fatima, réfugiée syrienne victime de violences sexuelles, ne peut obtenir le prestigieux statut de « migrante travailleuse du sexe ». Malheureusement pour elle, elle ne pourra pas participer à la prochaine édition du Sex Worker Festival of Resistance (Festival de Résistance des Travailleuses du Sexe) au Metropolitan Museum of Art de New York où activistes du monde entier se réunissent pour parler de leur formidable métier à travers des performances artistiques ! C’est dommage elle aurait pu être la petite touche exoti… pardon, diversité qui plaît tant ! Avec un peu de chance, Sandra Hoyn viendra lui rendre visite et son portrait pourra être utilisé dans le hall d’entrée du ECP ! Les personnes promouvant la prostitution font de la détresse d’autrui un passe-temps. On va à des expos « travail du sexe » le dimanche parce que ça fait bobo – par contre la réouverture des magasins le même jour on est farouchement contre, question d’acquis. Ou d’incohérence. On lit Vice pour avoir des allures anticonformistes dans le confort de la masse. On regarde des documentaires sur Fatima et les autres parce que, tu comprends, c’est important de s’ouvrir aux autres cultures, d’avoir l’esprit ouvert, dans une insupportable juxtaposition de culture et misogynie et de relativisme éthique non assumé. On défend les droits des femmes en donnant la priorité aux désirs des hommes. On se pare d’une allure de justicier féministe – c’est super pour la drague ça – pour conserver l’ordre dominant à son avantage. On se réserve une place au paradis en enlevant prostitution de son vocabulaire. On se tait en pensant pouvoir y échapper.

            La prostitution tue. Mais qu’il est drôle de jouer à la réingénierie linguistique ! Une formidable maîtrise des ressorts politiques de la langue permet aux activistes chevronnés de la prostitution de s’atteler chirurgicalement au démantèlement de la sémantique et de l’entendement. Cette opération se réalise dans le cadre d’un discours politique prédécoupé. L’assimilation à la rhétorique populiste permet de miner le terrain de signes reconnaissables, discréditer l’opposition, occuper les médias et diffuser des mensonges rebaptisés en faits. Le plus gros mensonge étant que la prostitution est un travail. Ce coup de maître permet l’effacement de tous les termes pour designer la violence d’un tel système et donc la formulation de toute objection. L’assimilation à la rhétorique libérale permet d’entériner le choix et assimiler la prostitution à une minorité sexuelle. Essentialisée dans une identité féminine la prostitution devient incritiquable. Pendant que les hommes sont tirés d’affaires. Les affaires sont les affaires, et les tenants de la prostitution – académiques, proxénètes, anonymes – s’organisent pour faire valoir la décriminalisation. Racisme et sexisme triomphent mais on continue d’accuser les abolitionnistes d’être liberticides. En cela peut-être les soutenants de la prostitution ont raison. Les abolitionnistes mettent très certainement la « liberté » des « prosti-tueurs » à mal[77]. Et nous n’hésitons pas à dévoiler la nudité de l’empire. N’est-ce-pas ironique pour des supposés pudibonds et pudibondes ? L’empire se base sur des coquilles vides de mots. Il suffit de marcher dessus pour les réduire en poudre. La prostitution n’est ni un travail ni du sexe. Aucun travail n’implique la location intime des personnes. La prostitution est le summum de l’objectification masculine des femmes. À acheter et échanger et jeter. Accepter cette logique revient à reculer sur les droits des femmes en faisant valoir les désirs de quelques hommes. La prostitution n’est pas du sexe. La contrainte définit la prostitution. La prostitution est une forme de viol particulièrement violente car recouverte d’argent masquant sa nature aux yeux de la société.  

            L’abolitionnisme n’est pas le fruit d’une tendance : c’est une question de vie ou de mort. Là réside la force du mouvement. Alors que pour les défenseurs de la prostitution leur activisme ressort du dilettantisme, pour les abolitionnistes il s’agit d’une défense des femmes et une vision d’un idéal de société. L’argent ou la popularité sont loin d’être au rendez-vous, contrairement à l’ « [activisme] facile ». L’urgence et l’espoir forment une inébranlable force de volonté. Notre chemin est parsemé d’obstacles sophistiqués comme celui d’aujourd’hui d’une bien rôdée propagande. Prendre le temps d’y rétorquer en rétablissant la vérité sinon la logique est notre devoir. Mais ces obstacles ne doivent pas se transformer en distractions, ni en reculades. Plutôt en occasions pour se donner de nouveaux objectifs. Pour emmener toujours plus loin le projet abolitionniste. Nous continuons sur notre chemin renforcées de ces expériences. Nous affûtons notre propre compréhension de la prostitution. Nous affinons notre analyse. Mieux, nous accélérons. Toujours vers l’abolition. 


[1] Ekman, K. E., L’être et la marchandise: prostitution, maternité de substitution et dissociation de soir, M Editeur, 2010. p.17

[2] CNRTL

[3] Farley, M. et al., « Prostitution and Trafficking in Nine Countries: An Update on Violence and Posttraumatic Stress Disorder », Journal of Trauma Practice, Janvier 2003.

[4] Ricci, L., « Alla ricerca delle figlie perdute e della donnità », en cours de publication

[5] (Online Etimology Dictionary) 

[6] (Oxford Dictionary)

[7] (Larousse, 2010)

[8] (Cambridge Dictionary).

[9] Ekman, 2010

[10] Martine, J., Le viol-location : Liberté sexuelle et prostitution, L’Harmattan, 2013.

[11] MacKay, F., «Arguing against the industry of prostitution: Beyond the abolitionist versus sex worker binary », Feminist Current, 24 juin 2013. https://www.feministcurrent.com/2013/06/24/arguing-against-the-industry-of-prostitution-beyond-the-abolitionist-versus-sex-worker-binary/ (propre traduction)

[12] MacKay, 2013

[13] Moran, R., Paid for: My Journey Through Prostitution, WW Morton and Company, 2013.

[14] Bouamama, S., Legardinier C., Les clients de la prostitution, Presses de la Renaissance, 2006.

[15] Cutrufelli, M. R., Il cliente : inchiesta sulla domanda di prostituzione, Editori Riuniti, 1981.

[16] Ricci, en cours de publication

[17] Toujours tiré du Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales : « Ensemble des éléments cellulaires (spermatozoïdes à chromosome X ou Y; ovules à chromosome X), organiques (prostate, glandes de Cowper, vésicules séminales, canaux excréteurs, pénis, testicules; seins, ovaires, trompes, utérus, vagin, vulve), hormonaux (testostérone; folliculine, progestérone), etc., qui différencient l’homme et la femme et qui leur permettent de se reproduire. »

Du Larousse 2010 : « nom donné à tout ou partie des organes génitaux, le pénis chez l’homme, la vulve et le vagin chez la femme ».

[18] « Ce qui est relatif aux rapports charnels des sexes, à l’activité du sexe en tant qu’organe de plaisir. » (CNRTL)

[19] Ekman, 2010 : 98

[20] Ekman, 2010 : 99).

[21] Martine, 2013 : 74

[22] Martine, 2013

[23] Martine, 2013 : 78

[24] Farley, 2004

[25] Ekman, 2010

[26] http://stop-violences-femmes.gouv.fr/les-chiffres-de-reference-sur-les.html

[27] Farley, 2003

[28] Bouamama, Legardinier, 2006

[29] Cutrufelli, 1981

[30] Farley, 2003

[31] Le harcèlement sexuel dans le code pénal (Article 222-33)

Le harcèlement sexuel est un délit.

Il est défini comme le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui : portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.

Est assimilé au harcèlement sexuel : le fait d’user (même de façon non répétée) de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l’auteur des faits ou au profit d’un autre (http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Harcelement-sexuel,315.html).

[32] MacKinnon, C, Feminism Unmodified: Discourse on Life and Law, Harvard University Press, 1987.

[33] Fingal, V., HARVEY WEINSTEIN: «J’AI OFFERT DU TRAVAIL EN ÉCHANGE DE SEXE», le Matin, 16 juillet 2018. https://www.lematin.ch/people/Harvey-Weinstein-J-ai-offert-du-travail-en-echange-de-sexe/story/20312608

[34] Kleine, I., «It`s an accident, stupid! », Abolition2014, 20 août 2016. http://abolition2014.blogspot.com/2016/08/its-accident-stupid.html

[35] Ekman, 2010 : 79

[36] Farley, 2016

[37] Excelsior, «Alejandra Gil, Madama de Sullivan, recibe 15 años de cárcel », Excelsior, 13 mars 2015. https://www.excelsior.com.mx/comunidad/2015/03/13/1013303

[38] Brown, A., Vesty, S., « Housewife helped run prostitution empire fuelled by women recruited from Brazil », Mirror, 20 janvier 2016. https://www.mirror.co.uk/news/uk-news/ana-calder-mousy-looking-housewife-7209368

[39] Farley, 2003

[40] CNRTL

[41] Farley, 2003

[42] Données non différenciées sexuellement

[43] https://www.acpe-asso.org/

[44] Voir à ce sujet la brillante synthèse de Claudine Legardinier sur les prostitueurs « Prostitueurs : état des lieux » (http://www.prostitutionetsociete.fr/IMG/pdf/ps163dossierprostitueurs.pdf).

[45] Larousse, 2010

[46] CNRTL

[47] L’aspect mélioratif s’applique en anglais aussi (Cambridge Dictionary).

[48] CNRTL

[49] Farley, 2004

[50] Poulin, 2003

[51] Rapport Mondial, 2014

[52] Poulin, 2004

[53] Poulin, 2013

[54] Snicket, L., Panique à la Clinique, Nathan, 2004.

[55] (CNRTL

[56] On notera ici qu’une approche libérale de la prostitution pour être consistante devrait être abolitionniste. À côté des sacro-saints principes de l’individualisme et de la tolérance subsistent le « harm principle » de John Stuart Mills (traduisible par « principe de non-nuisance » ou « de tort ») et le droit de sortie : si une activité individuelle nuit à autrui, la liberté à l’exercer doit être reconsidérée ; si on ne peut pas quitter avec facilité et sans conséquences un milieu, l’autonomie et le consentement sont ébranlés.

[57] MacKinnon, C., Butterfly Politics, Harvard University Press, 2017.

[58] Marzano, M., Je consens, donc je suis…, PUF, 2006. p. 28

[59] Bindel, J., «Prostitution is not a job. The inside of a woman’s body is not a workplace », The Guardian, 30 avril 2018. https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/apr/30/new-zealand-sex-work-prostitution-migrants-julie-bindel

[60] Martine, 2013

[61] MacKinnon, 2017

[62] « Le viol est un crime. Il est défini par le code pénal comme « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise. » Tout acte de pénétration sexuelle est visé : buccale, vaginale, anale, par le sexe, par le doigt, par un objet. » (http://stop-violences-femmes.gouv.fr/violences-sexuelles-312)

[63] Je caricature et simplifie à l’extrême le propos puisque je ne considère pas que la différence entre sexe et viol tient au consentement (remarque ajoutée le 11 juillet 2021).

[64] Bouvet, L., Mellul, Y., Intouchables? People, justice et impunité, Éditions Balland, 2017.

[65] Martine, 2013 : 57

[66] Martine, 2013 : 70

[67] Martine, 2013 : 52

[68] CNRTL

[69] MacKinnon, 2017

[70] MacKinnon, 2017

[71] Délibérément au masculin ! Nous vivons encore dans un univers athénien de polis, citoyens et porne. Rien n’a changé ! Les femmes ne sommes pas citoyennes mais porne. (Ajout du 11 juillet 2021).

[72] Marzano, 2006 : 38

[73] MacKinnon, 2017

[74] Marzano, 2006

[75] Qu’est-ce-qu’ils achètent ? Notre consentement ? Notre silence ? Nous ? (Ajout du 11 juillet 2021).

[76] Marzano, 2006

[77] Bouvet, Mellul, 2017

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