Nous apprenons

« On vous apprend que des êtres humains doués de langage ont été placés dans une situation telle qu’aucun d’eux ne peut vous rapporter maintenant ce qu’elle fut. » Jean-François Lyotard

Nous apprenons que les médicaments périmés sont transférés d’un continent A à un continent B où ils sont mélangés à de l’héroïne, le tout pour le plaisir du continent Premier.

Nous apprenons que ceux qu’on charge de la protection des enfants sont impliqués dans le meurtre de journalistes.

Nous apprenons que la Terre est la cage dans laquelle les hommes apprivoisent les femmes.

Nous apprenons que nous n’avons nulle part où fuir, nulle part à prendre.

Nous apprenons qu’une boîte de maïs suffit pour violer une fille.  

Nous apprenons que nous ne pouvons pas danser.

Nous apprenons que nous ne pouvons pas chanter.

Nous apprenons que l’Histoire est écrite par les vainqueurs et que l’histoire est contée pour les vaincues.

Nous apprenons que nous avons faim, que nous avons soif et qu’ils nous dévorent.

Nous apprenons que son ami est son ami qui est son ami qui est son ami et qu’ils sont tous nos ennemis.

Nous apprenons que des hommes privent leur fille de sommeil.

Nous apprenons que les maisons enferment les femmes et libèrent les hommes.

Nous apprenons que l’homme que nous avons salué ce matin a enfermé sa fille dans une cave. (« Plus rien m’étonne vu que même un boulanger est pédophile. » Diam’s)

Nous apprenons que la femme que nous avons croisée tout à l’heure est retournée de la mort, elle ne le sait pas encore, elle y retournera ce soir.

Nous apprenons que des images polluent les femmes et soulèvent les hommes.

Nous apprenons que le masque du violeur est la gentillesse.

Nous apprenons que les hommes n’élèvent pas leurs filles mais en font des élevages.

Nous apprenons qu’ils ont des bordels d’animaux en plus des femmes.

Nous apprenons que nous sommes au paradis en enfer.

Nous apprenons que le meilleur moyen de supprimer la douleur est de supprimer la femme.

Nous apprenons que la mémoire n’est pas la seule chose que cet homme a pris à cette femme.

Nous apprenons que des hommes étripent des femmes enceintes.

Nous apprenons qu’on ne recrute plus d’hommes dans les morgues car trop de dégâts sur les cadavres.

Nous apprenons qu’elle se coupait les cuisses pour en extraire la graisse. (« Des femmes parlent suicident parce qu’elles ont trop de graisse dans les cuisses. » Diam’s)

Nous apprenons que des filles sont traitées à la fois de terrain de jeu, de laboratoire et d’excréments.

Nous apprenons que nous n’aurons pas même une pierre commémorative.

Nous apprenons que nous n’avons pas de nom.

Nous apprenons que la paix implique le viol, la torture, l’humiliation. Que la guerre n’y ajoute que des fusils. Et des drones. Et de jolies vestes.

Nous apprenons que le silence est d’or et la parole de diffamation.

Nous apprenons que des femmes aiment encore.

Nous apprenons que des hommes arrosent les femmes d’acide.

Nous apprenons qu’ils se mettent à cinquante pour violer une fille de douze ans et qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

Nous apprenons que les carcasses des femmes découpées par les hommes se traînent sur le RER B en heure de pointe

Nous apprenons qu’ils ont attendu que la mère sorte pour enflammer sa fille aspergée d’essence sur le pas de la porte.

Nous apprenons que le prêcheur prêche pour sa bonne érection.

Nous apprenons que le professeur professe sa fesse.

Nous apprenons que si la justice est aveugle, le juge louche.

Nous apprenons que des grands hommes ont dit de grandes choses, que des petits hommes les ont répétés et que les meilleures femmes les ont crus.

Nous apprenons que plus on vide une femme, plus on remplit les poches d’un homme.

Nous apprenons qu’ils n’ont cessé que parlé d’eux-mêmes entre eux et que si quelqu’une a pu s’y reconnaître elle avait mal lu.

Nous apprenons qu’elle avait déjà tout dit, qu’elle répétait parce qu’elle pensait qu’ils n’avaient pas compris mais ils voulaient juste regarder son décolleté plus longtemps.

Nous apprenons que tout en sachant elle continuait à croire. Dommage.

Nous apprenons que l’alcoolique se faisait passer poète.  

Nous apprenons que la forteresse du pouvoir était le consentement et le sadisme son fondement.

Nous apprenons que nous ne viendrons jamais au bout de la liste des crimes qu’ils ont commis.

Nous apprenons que le sourire est le masque qui couvre le visage de la douleur.

Nous apprenons qu’au plus talentueux des violeurs on décerne un prix.

Nous apprenons que de l’horreur bourgeonnent des blagues et des franchises.

Nous comprenons que les gens ne savent pas de quoi ils parlent de la façon dont ils en parlent.

« Y’a [cette] mère qui peine à croire que son fils est un espoir. » Diam’s

Nous apprenons qu’il n’a pas été pris la main dans le sac.

Nous apprenons que l’atrocité n’a de valeur historique que lorsqu’elle est commise par des hommes sur d’autres hommes. Sur des femmes ça s’appelle mardi.

Nous apprenons que nos souffrances sont leurs fantasmes.

Nous apprenons que le seul avenir qui lui était offert était le metaverse ou l’euthanasie et qu’elle avait choisi la vie. Pas grave, on la rattraperait à la sortie.

Nous apprenons que des garçons de cinq ans jouent au chupa chups avec les filles.

Nous apprenons que si elle n’enlevait pas sa culotte il ne serait plus son ami.

Nous apprenons que si les chiens font pas des chats, les violeurs font des violées.

Nous apprenons qu’ils auraient infligé de telles horreurs, que pour le restant de leur vie, chacune se serait excusée à l’autre pour ne pas avoir souffert comme elle.

Nous apprenons que comme lui, la peur ne la quitterait jamais.  

Nous apprenons qu’elle ne pourrait jamais regarder la télé tranquille.

Nous apprenons qu’on lui dirait toujours de ne pas exagérer sans savoir qu’elle discourait exclusivement en euphémismes. 

Nous apprenons qu’elle voulait juste faire du sport et qu’il voulait juste la violer.

Nous apprenons que des filles sont nées dans des bordels et qu’elles ne verront jamais la lumière du jour.

Nous apprenons que des camps de viols étaient installés dans des camps de mort et que c’était pas si mal.

Nous apprenons une nouvelle loi scientifique selon laquelle si un homme viole une bambine de dix-huit mois elle mourra d’explosion intestinale.

Nous apprenons qu’ils étaient trois, qu’ils l’ont violée et qu’ils l’ont laissée pour morte dans une benne à ordure.

Nous apprenons que des hommes violent des femmes avec des chiens et qu’elles errent à tout jamais avec des bouts de chair arrachés.

Nous apprenons que se rappeler est pire que se souvenir.

Nous apprenons que s’ils ne sont plus jeunes, faut qu’ils aient des seins.  

Nous apprenons que les hommes ont construit un monde et que des femmes ont essayé de s’y faufiler mais qu’elles ont fini par être écrasées.

Nous apprenons que des petites filles dorment sous les voitures.

Nous apprenons que des femmes s’estiment fortunées lorsque leur mari ne leur coupe qu’une main sur deux.  

Nous apprenons que la forme correcte de « jeter par la fenêtre » pour une petite fille est passive et non réflexive.

Nous apprenons que le synonyme de carnage est mariage.

Nous apprenons que des hommes violent avec leurs objectifs.

Nous apprenons que des universitaires se convertissent en proxénètes.

Nous apprenons que des médecins rendent leurs patientes malades.

Nous apprenons que de nos romans jaillissent les vers qui nous rongent le cerveau.

Nous apprenons que les hommes qui prétendent aimer les femmes se moquent de leurs idées.

Nous apprenons que l’établissement acceptait les paiements en comptant en en machette.

Nous apprenons que le romantisme n’est pas mort mais qu’il tue.

Nous apprenons que tout ce qui brille est souillé de sang.

« Ça c’est chez nous, mais c’est vous qui l’avez fait.

Si on est devenues [folles] c’est juste une cause à effet… » Diam’s

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